Démonographie de Belzébuth

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Démonographie de Belzébuth

Message par Tully le Mar 28 Sep - 9:01




    Démonographie de Belzébuth


    La Naissance et l'enfance de Belzébuth


    Alors qu'Oanylone entamait sa longue descente vers les abysses du péché et s'asseyait déjà sur les ruines de la vertu, naquit Belzébuth, fils de Grodass et d'Irénée. Pesant six kilos pour soixante centimètres, il avait mis de nombreuses heures à quitter le ventre de sa mère et avait laissé cette dernière quasiment morte de fatigue. Épuisée et meurtrie dans son corps, une grave infection l'emporta quelques jours plus tard, laissant le bon Grodass aux prises avec un petit monstre aussi gros qu'il était insatiable. Cet homme, cultivateur renommé pour la qualité de sa production, reconnu pour sa gentillesse et sa bonhommie, ne savait pas comment faire pour élever ce gaillard, en effet, jusqu'ici, seule sa femme s'était chargée de cette besogneuse affaire, si bien qu'il décida de prendre jeune fille au pair. Ses deux frères, Guignol et Pimpon, se moquaient éperdument de la venue de ce petit être qui, finalement, ne représentait qu'une bouche de plus à nourrir. Belzébuth fut ainsi nourri au sein jusqu'à l'âge avancé de cinq ans, son père ne lui témoignait que peu d'affection, bien trop pris par son travail aux champs, mais cela ne l'empêcha pas de grandir élevé par une femme dure et dodue répondant au doux nom de Rita. La femme n'aimait pas cet enfant qu'elle trouvait laid et disgracieux, à cela, elle ajoutait qu'un nourrisson qui avait tué sa mère pour venir au monde partait déjà sur de sombres chemins, aussi, elle lui rendit la vie aussi dure que possible, ne lui passant rien et ne lui apprenant que le minimum.


    Aux alentours de ses huit ans, lorsqu'il fut en âge de se passer de sa marâtre, Belzébuth fut emmené par Grodass, décidé à ce que son fils l'accompagne aux champs, histoire de lui montrer comment faire pousser les céréales et lui inculquer quelques principes et valeurs de base. C'est ainsi que, chaque jour, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, le petit d'homme se levait aux aurores et accompagnait son père cultiver ses terres. Ce dernier n'était jamais avare de conseils, dont la plupart avaient pour but, de faire du gamin un paysan accompli :


    - "Vois-tu mon fils, un sou est un sou, garde précieusement le moindre denier car il a son importance !"
    - "Sers-toi de ta tête bon sang ! Tu dois apprendre à vendre et à commercer sinon, que feras-tu de ton grain ?"
    - "N'oublie pas que si tu veux être le meilleur, faut que tu sois convaincu d'être l'meilleur!"
    - "Pense pas aux autres, pense à toi parce que c'est toi qui va gérer tout c'bordel !"
    - "La vie, c'est comme un cassoulet, moins y a de fayots, plus t'es riche !"

    Il est certain qu'aujourd'hui, de tels concepts n'ont guère de signification mais il n'empêche que ces préceptes furent ceux qui marquèrent à vie ce jeune enfant. Ainsi, Belzébuth commença très jeune à comprendre ce qui faisait d'une terre une bonne terre, il comprit très vite aussi comment commercer et sur quoi jouer pour tirer les meilleurs profits. Il ne se souciait pas de sa fratrie, préférant côtoyer son père qui voyait en lui un successeur prometteur. Ce dernier le mettait d'ailleurs souvent en avant lorsqu'il vendait le fruit de son labeur au marché, disant à qui voulait l'entendre qu'il prendrait sa place lorsqu'il serait mort. Cela fit grandir chez ses deux frères aînés, une jalousie et une animosité qui se transformèrent peu à peu en haine viscérale, si bien qu'ils lui faisaient subir moult mauvais traitements et lui donnaient coups et quolibets à chaque fois qu'ils se croisaient. Le jeune Belzébuth cultiva alors une image de lui, scellée dans l'orgueil et la fierté, pensant que si ses propres frères le maudissaient, c'était parce qu'il était meilleur qu'eux. Plus il avançait en âge, plus il devenait proche de Grodass et plus il s'éloignait de Pimpon et Guignol. Il était devenu prince aux yeux de son père et ennemi mortel pour ses aînés. Ainsi, Belzébuth ne pensait plus qu'à lui et à son avenir, il était devenu indifférent à ses proches, seul son père avait encore sa plus haute estime.


    L'ascension et l'accession à la fortune


    Alors qu'il avait à peine quinze ans, son père, Grodass, désormais usé et vieilli par des décennies d'un travail acharné et sans faille, vint à lui. Il lui demanda de s'asseoir et d'écouter ce qu'il avait à lui dire :

    -"Mon fils...j'suis vieux et fatigué...regarde-moi, j'suis courbé comme une vieille mégère et j'ai pas profité d'mes belles années. T'es le seul d'la famille capable d'reprendre c'que j'ai construit au fil des ans. Ces terres, mes terres, sont désormais les tiennes, et tes frères qui cultivent pour moi, s'devront de t'aider. J'te fais confiance, tu sais vendre, tu sais comment faire pousser le meilleur blé et l'meilleur maïs !"

    Belzébuth était fier que son père lui lègue tout ce qu'il avait, et ce, même s'il était dix ans plus jeune que son frère le moins âgé. Il ne put s'empêcher de demander :

    -"Mais, père, que vas-tu faire de ton temps maintenant ? Vas-tu m'abandonner comme l'a fait ma mère ?"

    Grodass avait toujours pensé qu'avant la fin de sa vie, il aurait fait de grands voyages, il savait qu'il était temps pour lui de partir et expliqua cela à son fils avant de quitter la demeure familiale pour toujours. Il l'avait chargé d'annoncer cela à ses frères et de leur remettre à chacun une lettre qu'il avait écrit pour eux. Personne n'eut de nouvelles de lui et on n'entendit jamais parler de Grodass en Oanylone. Le jeune Belzébuth attendit que son père ait quitté la demeure familiale pour déchirer les lettres qu'il devait remettre et, sachant bien que ses frères ne seraient pas de l'avis de leur père, décida sur l'heure d'embaucher un homme de main pour protéger ce qui lui avait été transmis. Il fit jouer quelques relations et trouva l'homme qui lui fallait, un esclave affranchi venu du nord, grand comme un arbre et fort comme un roc, balafré et scarifié, se nommant Astaroth. Lorsque Pimpon et Guignol rentrèrent des Champs, ils trouvèrent porte close et Belzébuth apparut derrière eux, avec son garde du corps à ses côtés. C'est avec férocité et assurance qu'il leur déclara ces quelques mots :

    -"Le Pater s'est barré ! Il m'a légué terres et demeure, désormais tout ce qui était à lui est à moi ! Vous m'avez gâché mon enfance et m'avez pourri la vie, alors, pour vous punir, je ne vous donnerai rien ! Hors de question que deux fumistes tels que vous, qui ont profité honteusement des écus de leur père à glander pendant des années profitent aujourd'hui du fruit de son labeur. Je garde vos biens et le reste, partez ! Si, par malheur, il vous prenait l'envie de remettre les pieds sur mes terres, je vous enverrais Astaroth qui se chargerait alors de vous faire passer de vie à trépas, alors barrez-vous et ne revenez pas !"

    Belzébuth fit un signe à Astaroth qui s'approcha des deux hommes, puis les gifla l'un et l'autre et les jeta à terre; les deux frères, mis plus bas que tout, n'eurent d'autre choix que de déguerpir sans demander leur reste. C'est ainsi que débuta l'ascension de Belzébuth. Il mit à profit ce qu'il avait appris, remplaça ses frères par des employés qu'il avait débauchés sur le marché et qu'il payait mal, sachant bien qu'il aurait toujours de la main d'œuvre pour accepter le labeur. Ses champs donnèrent de superbes récoltes car il était fin connaisseur des cultures, si bien qu'il commença à gagner pas mal d'argent. Mais, cela ne lui suffisait pas, il se savait le meilleur mais en voulait encore, il avait mit de côté tout ce qu'il avait gagné et ne dépensait que lorsqu'il y était contraint. Au fil des années il décida d'acquérir d'autres terres si bien qu'il devient un grand propriétaire reconnu pour son sens du commerce et surtout, pour son intransigeance dans les affaires. Ses produits, il en tirait toujours les meilleurs bénéfices et ce qu'il gagnait, il le gardait chez, lui, dans un coffre, allant jusqu'à éviter de dépenser le moindre denier si cela n'était pas strictement nécessaire. Pendant presque dix ans, les yeux de Belzébuth ne trouvèrent grâce qu'en lui-même, il développa un égo sur dimensionné, se pavanant dans Oanylone disant à qui voulait l'entendre qu'il était le meilleur et le seul apte à produire du bon grain.



    A l'aube de la trentaine, Belzébuth avait acquis, par son intelligence et sa force de persuasion, la moitié des cultures céréalières d'Oanylone, sa demeure était devenue domaine et son pécule s'était transformé en fortune. Là où d'autres faisaient profiter de leurs richesses, lui, interdisait à quiconque d'approcher ses propriétés, son fidèles Astaroth à ses côtés, il était craint et respecté mais aussi envié et mal vu. Chaque mois, les envoyés des dirigeants venaient le voir et lui demandaient s'il ne voulait pas donner un peu de ses biens pour aider la communauté, à chaque fois, Belzébuth leur disait :

    - "De quoi ? Dilapider ma fortune ? J'ai travaillé dur pour amasser tout ça et personne d'autre que moi n'en profitera ! Je suis doué et mes récoltes sont les meilleures ! Sortez de chez moi et dites-leur que, de mon vivant, ils n'auront rien de moi !"

    Ainsi, à chaque fois, les envoyés repartaient la mine déconfite et rendaient compte à leurs gouvernants, témoignant de l'égoïsme de Belzébuth et de son incapacité à comprendre la notion d'intérêt collectif. A ceux qui grondaient devant les grilles de son domaine, le propriétaire envoyait son garde pour les terroriser. A ceux qui disaient qu'il avait plus d'ennemis que d'amis, Belzébuth répondait qu'il n'avait cure d'avoir des amis car ceux-ci étaient avant tout des pique-assiettes.


    Le songe et la révélation


    Belzébuth avait trente cinq ans, et, une nuit où la chaleur de l'été s'était faite insupportable, alors qu'il avait eu un mal de chien à s'endormir, il fit un rêve étrange. Il s'était vu marcher, sur une longue route désertique, seul, aucune lumière hormis la clarté de la lune, aucune masure, rien à part cette route sinueuse. Alors qu'il marchait sans but, une créature faite d'Ombre apparut. Belzébuth s'arrêta et tenta d'apercevoir son visage mais il ne vit qu'une ombre, lorsqu'il demanda qui lui faisait face, il n'eut que le silence pour réponse. C’est lorsqu'il reprit son chemin que la créature lui déclara :

    l'ombre : "Belzébuth, Belzébuth, Belzébuth...où vas-tu donc ainsi ?
    Belzébuth : "Je ne sais pas, j'avance dans le noir, je vais droit devant."
    l'ombre : "Tu avances mais tu ne sais pas où tu vas ? Cela ne t'intéresse donc pas de savoir ?"
    Belzébuth : "Savoir ? Savoir quoi ? Où cette route se termine ?"
    l'ombre : "Qu'importe où elle se termine, l'important n'est pas où, mais comment !"
    Belzébuth : "Que veux-tu dire, créature ?"
    l'ombre : " Ce que je veux dire c'est que tu te contentes de suivre la route qu'on a tracé pour toi alors que tu pourrais tracer ta propre route ! Quitte les sentiers battus et emprunte un autre chemin"
    Belzébuth : "Mais...je ne vois aucun autre chemin, créature, il n'y a que cette route !"
    l'ombre : "Belzébuth, tu es plus malin que les autres, tu es plus riche que les autres, tu pourrais avoir les hommes à ta botte, tu peux construire n’importe quelle route à partir d’ici, il te suffit de le vouloir ! Sers-toi de ce que tu as appris, met à profit ton savoir et use de la ruse pour devenir le plus fort dans ton domaine, tu verras qu’il ne suffit que de le vouloir pour qu’une nouvelle route s’offre à toi !"

    L’ombre disparut en un instant et face à Belzébuth, un croisement avait vu le jour. D’un côté, la route sinueuse qu’il empruntait depuis longtemps, de l’autre, une étroite route, droite et ascendante, se dressait. Il décida de suivre ce chemin, ayant l’impression qu’il savait ce qu’il y avait au bout. En s’éveillant le matin, Belzébuth prit soin de noter le songe qui l’avait envahi pendant la nuit. Il convoqua Astaroth et lui demanda de suivre ses ordres à la lettre. Il l’envoya au marché et lui ordonna d’acquérir toutes les céréales disponibles puis de les revendre le double du prix qu’il les avait acheté. Ensuite, pris d’une frénésie incroyable, il lui ordonna de pénétrer chez chaque propriétaire de culture et de champs d’Oanylone, de les molester et de les forcer à lui vendre, au meilleur prix, toutes leurs cultures et leurs champs. En quelques jours, Belzébuth parvint à devenir l’unique producteur de céréales d’Oanylone, mais cela ne lui suffisait pas. Pour gérer ses terres, il employait a un tarif si bas, qu’il ne permettait pas aux travailleurs de manger à leur faim, n’ayant pas d’autre alternative, ces derniers étaient obligés d’accepter ces pratiques malhonnêtes. A cela, il pratiquait des prix tout autant élevés qui rendait le blé et le maïs si cher, que toute la chaine des marchandises connaissait une inflation record. Le blé et le maïs entraient dans la composition du pain, de la farine, le maïs servait aussi à nourrir les animaux, ainsi, Belzébuth avait fait main basse sur presque tout le marché et dirigeait en sous main l’économie locale. Bientôt, la plèbe vint à gronder et les autorités vinrent trouver Belzébuth pour lui signifier leur mécontentement. Ce dernier, trop content de voir qu’il suscitait un tel intérêt ne prit même pas la peine de les recevoir. L’homme ne quittait désormais plus son domaine, laissant à son fidèle second la gestion des basses besognes, prétextant qu’il était trop important pour ça et qu’il ne pouvait se mélanger à cet Oanylone d’en bas. Sa réputation disait que son égoïsme n’avait d’égal que sa fortune et que, bientôt, il tomberait de haut. Les habitants et les gouvernants décidèrent de réagir et créèrent une coopérative afin de concurrencer Belzébuth, les éleveurs donnèrent chacun une partie de leurs champs pour replanter du grain et faire baisser les prix, si Belzébuth ne vendait plus, alors peut-être daignerait-ils les recevoir pensaient-ils. Ce fût bien pire.


    L’avènement d’une destinée


    Face à tant d’audace, Belzébuth fût pris d’une colère si terrible que les murs de sa demeure en tremblèrent. Il ordonna à son fidèle Astaroth d’aller dans les bas quartiers recruter les pires malandrins et de former ainsi une milice pour défendre ses biens. Il lui demanda de prendre les meilleurs, et avec eux, d’aller saccager les champs, tuer les bêtes et brûler les demeures de ceux qui avaient adhéré à cette coopérative. Le lendemain d’une nuit de terreur, Oanylone était transie de peur à l’idée d’affronter celui qui avait le pouvoir d’affamer tout une population. Les paysans n’étaient pas soldats et les miliciens de Belzébuth faisaient même peur aux gardes de la cité, si bien que tous ne purent nier l’évidence de sa suprématie. En quelques semaines, tous vinrent à sa demeure lui signifier qu’ils acceptaient ses conditions, et ainsi, Belzébuth n’eut qu’à imposer ce qui lui plaisait. Il obligea les éleveurs à lui fournir un pourcentage de leurs revenus en échange de prix acceptables sur les céréales, et ceux qui refusèrent ne parvinrent pas à nourrir leurs animaux correctement, leurs vaches et leurs moutons étaient si faméliques qu’ils ne fabriquaient guère de viande et de lait. Il ne fallu que quelques mois pour que la fortune de Belzébuth augmente de façon exponentielle, au prix de nombreux sacrifices pour la population d’Oanylone. Les paysans étaient désormais pauvres et sans terre, les éleveurs gagnaient tout juste de quoi se nourrir, et les seuls hommes bien portants étaient ceux qui avaient plié face à Belzébuth. Les gouvernants s’étaient laissés achetés contre des sommes d’argent importantes, pendant que les plus pauvres crevaient de faim.
    Un jour d’hiver, Guignol et Pimpon se rendirent chez leur frère, accompagnés par de nombreux villageois, tous deux étaient forts amaigris, le visage effilé, et ils lui demandèrent audience. Belzébuth accepta de les entendre :


    Guignol : "Belzébuth…nous sommes ruinés par ta faute, nous ne pouvons même plus acheter notre pain quotidien…nous te supplions de nous aider !"
    Pimpon : "Je t’en supplie, tu es notre frère, tu ne peux pas nous abandonner…"
    Belzébuth : "Vous êtes deux minables, vous n’avez aucune qualité et vous osez venir quémander l’aumône chez moi ? Je ne vous donnerais rien, si vous n’avez pas de quoi vous nourrir c’est parce que vous êtes des faibles. Je suis riche mais ma fortune est à moi, seulement à moi, et à personne d’autre."
    Guignol : "Pense à notre père qui est parti depuis si longtemps, est-ce ce qu’il t’a enseigné ?"
    Belzébuth : "Je me suis fait tout seul mes petits gars ! Je n’ai attendu personne pour devenir celui que je suis. Je ne vous donnerais pas le moindre denier parce que vous ne le méritez pas ! Ceux qui aujourd’hui meurent de faim sont ceux qui ne comprennent rien."
    Pimpon : "Ne vas-tu pas cesser cette folie ? Vas-tu laisser mourir tant de gens par ton égoïsme ?"
    Belzébuth : "Mon égoïsme ? Je ne suis pas égoïste, j’ai réussi et attisé les jalousies, ce sont eux qui s’enferment dans leurs certitudes et refusent de se rendre à l’évidence. Par leur manque de clairvoyance, ils causent leur propre perte. Partez et ne revenez jamais, si vous mourrez c'est que vous le méritez !"

    Pimpon et Guignol quittèrent les lieux dépités et racontèrent ce qu'avait dit le maitre des lieux aux autres habitants. Tous furent dépités d'un tel égoïsme et comprirent que rien ne changerait cet homme. Belzébuth était devenu si puissant qu'à lui seul, il amassa plus d'écus qu'un roi, il aurait pu en distribuer par se fenêtres sans pourtant subir aucun manque, et pourtant, il gardait tout et ne donnait rien. La souffrance de son prochain ne le touchait pas, il n'avait aucun ami et plus d'ennemis qu'aucun homme n'en avait connu jusqu'ici en Oanylone. C’est à cette époque que le Très haut manifesta sa colère envers Oanylone et décida de punir ceux qui avaient tant pêché qu’ils en avaient oublié le sens de la vie :

    "Alors que je vous ai donné mon amour, vous vous en êtes détournés, préférant écouter les paroles de la créature à laquelle je n’ai pas donné de nom. Vous avez préféré vous abandonner aux plaisirs matériels plutôt que de me rendre grâce. J’ai créé pour vous un lieu appelé Enfer, que j’ai disposé dans la lune, où les pires d’entre vous connaîtront une éternité de tourments pour les punir de leurs péchés. Dans sept jours, votre cité sera engloutie dans les flammes. Et ceux qui y seront restés passeront l’éternité en Enfer. Cependant, Je suis magnanime, et ceux d’entre vous qui sauront faire pénitence passeront l’éternité dans le soleil, où se trouve le Paradis."

    Ainsi, un grand nombre des habitants se résignèrent avec grand regret à quitter cette cité désormais maudite.


    La rébellion


    C’est a ce moment que la créature sans nom s’intéressa à nouveau à Belzébuth, la première fois, elle lui était apparue en rêve, mais cette fois-ci, elle vint susurrer à ses oreilles les mots qui sont ici retranscrits :

    Belzzzzébuth…Belzzzébuthhh…écoute-moi ! Tu as montré aux hommes que tu étais le plus fort, tu leur as montré que le faible n’avait aucun avenir parmi les hommes. Bientôt, des hommes viendront et te tiendront tête, prétextant que l’amour est ce qui lie les hommes, ils parleront d’amitié et de la colère du Très Haut. Ne les écoute pas car ils ne sont que mensonge et malice.

    Belzébuth, qui n’était pas ce qu’on pouvait nommer un croyant n’avait que peu d’affinité avec ceux qui vénéraient le Très haut. Les rites légués par Oane lui étaient méconnus et, à vrai dire, il trouvait cela plutôt stupide. Six autres hommes avaient été approchés par la créature sans nom, chacun, comme Belzébuth incarnait un vice, et tous, prêchaient contre Dieu. Face à eux, sept vertueux s'étaient donné pour mission de défendre la parole divine, de prêcher l'amitié, la tempérance, la justice, le don de soi, la conservation, le plaisir et la conviction. Pour lui, mettre son destin entre les mains d’une entité divine n’avait aucun sens, on ne pouvait que compter sur soi-même, et sur personne d’autre. C’est ainsi qu’il quitta enfin sa demeure avec Astaroth à ses côtés et qu’il arpenta les rues et les places de la ville pour prêcher sa vérité :

    N’écoutez pas ceux qui vous disent que la fin est proche ! N’écoutez pas ceux qui vous font croire que Dieu est Tout Puissant ! Dieu est faible et jaloux de notre réussite. Jamais Dieu ne mettra ses menaces à exécution car il ne tuera pas Ses propres enfants ! Ne partez pas d’Oanylone, continuez à vivre comme vous vivez et envoyez paitre ceux qui prêchent pour Lui !

    Nombreux sont ceux qui ceux qui l’écoutèrent et qui écoutèrent les autres prêcheurs, tandis qu’Oanylone était tombée dans le vice le plus profond et le péché le plus abject, Belzébuth gardait sa richesse et se gaussait de ceux qui n’avaient de quoi vivre. Il s’était entouré d’homme fidèles et d’Astaroth, craint par la majorité de ceux qu’il croisait. L’avarice dont il faisait montre n’avait aucun égal, et ceux qui tentèrent de venir lui voler ce qu’il possédait étaient tués sans ménagement. La violence était le moyen qu’il avait trouvé pour se protéger, alors qu’il aurait pu s’entourer d’une armée d’hommes fidèles et sincères par amitié, il s’était enfermé dans un égoïsme si grand qu’il laissa même ses propres frères mourir de faim alors que quelques miches de pain auraient sauvé leurs vies. Son assurance et sa prestance augmentèrent l'écho de ses plaidoiries oratoires contre Dieu et ceux qui prêchaient pour Lui. Partout où il se présentait, son auditoire était conquis, quand à ceux qui refusaient de l'entendre ou tentaient de réfuter ses dires, il les faisait battre sans ménagement ne voyant que son propre intérêt. La cité sombra totalement dans le vice le plus absolu, cette ville désormais maudite vivait ainsi des jours sombres emplis de haine, de violence et de péchés. Belzébuth maniait les foules aussi bien qu'il commerçait, il manipulait les uns avec autant de réussite qu'il maniait les écus. Malgré tout, il ne faisait rien de tout cela pour les autres, non, il le faisait pour lui car il estimait que tout ce qu'il avait mis si longtemps à construire, était la preuve qu'il était le plus malin, s'il était le plus riche, c'est parce qu'il avait su devenir le plus fort, et Belzébuth ne pouvait pas imaginer un instant que sa destinée fût le fruit d'une volonté divine, ou tout au moins, qu'un Dieu quel qu'il soit ait un quelconque impact sur lui. Selon lui, Dieu avait laissé aux hommes le choix de ne pas l'aimer et ainsi, avait laissé l'avenir du monde entre les mains de l'humanité, il ne comprenait pas pourquoi Il venait alors réclamer qu'on le vénère. Avec les six autres prêcheurs, Satan, Bélial, Azazel, Asmodée, Lucifer et Léviathan, Belzébuth répandit les venimeuses paroles de la créature sans nom avec tant de ferveur et de pugnacité qu'il était convaincu que rien ne se passerait.

    Les six premiers jours semblèrent durer une éternité, le tonnerre grondait et les éclairs frappaient, beaucoup décidèrent alors de quitter la ville mais Belzébuth le savait, seuls les faibles se pliaient à la volonté d'autrui. Les vertueux avaient, quand à eux, accepté la punition du Très Haut et donnaient encore plus de raisons à Belzébuth de crier victoire car, il faisait savoir à tous que si les vertueux restaient, c'était parce qu'ils ne croyaient pas non plus aux menaces du Tout Puissant. Le septième jour arriva et un gigantesque cataclysme se produisit, engloutissant la cité sous la terre après l'avoir purifiée des flammes de la colère de Dieu. Les quelques humains restés sur place furent tous emportés, ceux qui avaient écouté les vertueux furent acceptés sur le paradis tandis que les autres vinrent gonfler les rangs de l'enfer lunaire. Astaroth, qui était resté auprès de son maître, fut envoyé avec lui et fut témoin de la punition qui avait été réservée à Belzébuth.



    Une éternité d'Avarice


    Belzébuth fût présenta comme chaque être humain resté à Oanylone devant Dieu, fidèle à lui-même, il refusa de reconnaitre Sa Toute Puissance et fut envoyé comme ses six acolytes, sur l'enfer lunaire. Son apparence prit la forme de son vice et son corps se déforma tant qu'il ne ressembla plus aucunement à un humain. Il devint l'avarice qu'il incarnait en Oanylone, et prit la forme d'une gigantesque araignée recouverte d’or, aux milliers d’yeux de diamant.



    Les pécheurs faisant preuve d'avarice aujourd'hui encore mettent à profit ses préceptes et volent aux pauvres pour s'enrichir, écrasent les autres pour réussir, amassent des fortunes que mille vies ne sauraient dépenser, c'est condamnés par Dieu qu'ils voyagent jusqu'aux galeries de l'enfer côtoyer celui qui a causé leur perte.

    Depuis lors, le prince démon Belzébuth règne sans partage sur les galeries et les gouffres de l'enfer, et les âmes damnées qui ont péché par avarice le rejoignent pour subir une éternité de tourments sous son joug tyrannique.


Traduit du grec par monseigneur Bender.B.Rodriguez
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